Insuffisance rénale chronique du chat
On observe de plus en plus de cas d’insuffisance rénale, et nous nous contentons souvent de l’explication selon laquelle les carnivores auraient, par nature, une fonction rénale fragile. S’il est admis qu’un chat ou un chien puisse souffrir d’insuffisance rénale à un âge avancé, comment expliquer qu’un jeune animal présente déjà un dysfonctionnement de cet organe ?
Bien que plusieurs causes puissent provoquer une défaillance rénale, au regard de l’alimentation industrielle de qualité médiocre dont sont nourris nos chats aujourd’hui, il n’est pas difficile d’identifier le coupable numéro un.
Quelles sont les fonctions des reins ?
Filtrer le sang

Le rein est composé de milliers d’unités fonctionnelles appelées néphrons. Ils jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement rénal : ils filtrent le sang et le débarrassent de ses déchets (toxines), ce qui aboutit à la formation de l’urine. Ils filtrent également les substances chimiques, telles que les résidus de médicaments.
Le sang qui arrive au néphron produit d’abord l’urine primaire. Ensuite, de nombreux échanges sont régulés par les reins afin d’éliminer les substances toxiques (urée, créatinine, etc.). Celles-ci sont mélangées à de l’eau et transformées en urine définitive.
Maintenir l’équilibre hydrique (eau) de l’organisme

Les reins régulent également la quantité d’eau présente dans l’organisme. Le corps ayant besoin d’un volume hydrique très précis, ce sont eux qui se chargent de maintenir cet équilibre indispensable à son bon fonctionnement en éliminant systématiquement le surplus.
Maintenir la quantité de minéraux dans l’organisme
Pour que l’organisme fonctionne correctement, il a besoin d’une quantité adéquate de minéraux. Le surplus doit être éliminé par les reins afin de maintenir l’homéostasie.
Produire des hormones, des enzymes et des vitamines
Les reins produisent également des hormones essentielles : la rénine, qui régule la tension artérielle ; l’érythropoïétine (EPO), qui stimule la production des globules rouges ; et le calcitriol. Cette forme active de la vitamine D permet de maîtriser le taux de calcium dans l’organisme.
Maintenir l’équilibre acido-basique dans le sang
Les acides (comme l’acide urique) présents en excès sont éliminés pour maintenir un pH sanguin idéal pour l’organisme.
Toutes ces fonctions prouvent que le bon fonctionnement des reins est essentiel à l’équilibre général du corps. Si les reins sont défaillants, c’est l’ensemble du métabolisme qui est compromis ; des symptômes apparaissent alors pour signaler que leur travail n’est plus optimal.
Symptômes d’une insuffisance rénale chronique
Ces symptômes s’expriment à des degrés divers, qui dépendent non seulement du stade d’avancement de l’insuffisance rénale, mais également de la capacité de réponse propre à chaque individu. Il est crucial de savoir que les signes cliniques n’apparaissent souvent que lorsque 75 % des néphrons sont déjà détruits.
Voici les signes qui ne doivent pas passer inaperçus :
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Amaigrissement
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Polyuro-polydipsie (augmentation de la soif et du volume des urines)
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Anorexie (perte d’appétit)
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Vomissements
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Pelage terne
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Muqueuses pâles (signe d’anémie)
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Abattement et léthargie
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Déshydratation
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Mauvaise haleine (pouvant indiquer la présence d’ulcères buccaux)
Quelles analyses pour vérifier la fonction rénale?
Le diagnostic de l’insuffisance rénale
Pour évaluer l’activité des reins, il est primordial de réaliser, dans un premier temps, une prise de sang. Les paramètres de base à vérifier sont la créatinine et l’urée (BUN : Blood Urea Nitrogen), qui permettent de mesurer la concentration des déchets métaboliques dans la circulation sanguine.
L’équilibre des minéraux est également un indicateur essentiel : le phosphore (souvent en excès), le calcium et le potassium (souvent en baisse) doivent être étroitement surveillés. En présence de muqueuses pâles, un hémogramme est utile pour évaluer le stade de l’anémie. Selon les résultats, des examens complémentaires comme une échographie peuvent être recommandés, tout comme un bilan biochimique complet pour vérifier si d’autres organes, tel que le foie, sont impactés.
L’avancée du test SDMA
Selon les études récentes, un nouveau paramètre de diagnostic, le SDMA (diméthylarginine symétrique), permet de détecter l’insuffisance rénale chronique à un stade beaucoup plus précoce que la créatinine sérique (sCr). Ce marqueur biologique est plus sensible et facilite une prise en charge rapide de la maladie.
« La SDMA augmente en moyenne dès 40 % de perte de fonction rénale. Chez le chat, elle augmenterait 17 mois plus tôt que la créatinine (et 10 mois plus tôt chez le chien). De plus, contrairement à la créatinine, la SDMA n’est influencée ni par la masse musculaire de l’animal, ni par d’autres facteurs extra-rénaux », souligne Kristine Kamosi, responsable formation et communication scientifique chez Idexx.
Le diagnostic d’insuffisance rénale tombé, que faire maintenant?
Préserver la fonction rénale
Dans l’insuffisance rénale chronique, on assiste à une destruction progressive et irréversible des néphrons. Cette dégradation évolue selon différents stades. Il est donc essentiel de se focaliser sur la préservation du pourcentage de tissus sains restants, afin que la fonction d’épuration soit suffisante pour maintenir l’équilibre de l’organisme.
Pour accompagner le travail des reins, plusieurs piliers sont indispensables :
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Une hydratation optimale : Elle permet de diluer les toxines à éliminer et facilite ainsi l’épuration rénale.
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Une alimentation adaptée : Un régime de haute qualité, respectueux de la physiologie des carnivores, est primordial.
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La vigilance médicamenteuse : Il faut éviter, dans la mesure du possible, l’administration de médicaments néphrotoxiques (toxiques pour les reins), tels que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et certains antibiotiques.
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La gestion vaccinale : Une survaccination peut également avoir un impact non négligeable sur la santé rénale ; il convient donc de discuter avec son vétérinaire d’un protocole raisonné.
Encore une fois : « Que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture »
Chaque espèce a besoin d’une nourriture physiologiquement adaptée pour que son corps, et par extension l’ensemble de ses organes, puisse fonctionner correctement et maintenir son homéostasie. Les organes de chaque espèce vivante possèdent leur propre mode de fonctionnement ; c’est pourquoi une alimentation inadaptée fragilise l’organisme et finit par provoquer des dysfonctionnements.
S’il existe des traitements médicamenteux capables de soulager l’animal de symptômes invalidants, offrir un régime équilibré et adapté demeure primordial. L’alimentation étant le socle de la santé, c’est avant tout grâce à elle que la prévention peut porter ses fruits.
Quel régime en cas d’insuffisance rénale chronique ?
Surtout pas la croquette !

Et même pas la croquette « spécial rénal » ?
Les croquettes « spéciales rénal » ne répondent pas non plus aux besoins d’hydratation physiologique des chats. Or, un chat souffrant d’insuffisance rénale a tendance à perdre une quantité importante d’eau. Ces croquettes spécialisées (issues de marques vétérinaires très connues) présentent souvent un taux d’humidité de seulement 5,5 % et une teneur en glucides avoisinant les 40 % !
« Je dois dire que je trouve cela vraiment incroyable d’entendre parler d’un si grand nombre de chats recevant des fluides par voie sous-cutanée, tout en étant maintenus sous un régime de nourriture sèche », écrit le Dr Pierson. « C’est une pratique extrêmement illogique et délétère. Tous les efforts devraient être faits pour passer ces chats à un régime alimentaire qui présente une teneur en humidité beaucoup plus élevée. »
Ces régimes « spéciaux rénal » présentent également un taux de protéines animales bien trop bas, alors que les chats, en tant que carnivores stricts, ont besoin d’une grande quantité de protéines animales de haute qualité pour rester en bonne santé.
Le Dr Lisa Pierson, docteur en médecine vétérinaire, est spécialisée en santé féline et accorde une attention particulière à la nutrition de cette espèce. Voici son avis concernant les régimes rénaux :
« Les régimes « rénaux » restreignent les protéines à un tel point que de nombreux chats — en particulier ceux qui ne consomment pas assez de nourriture pour couvrir leurs besoins caloriques quotidiens — finissent par cataboliser (puiser dans leurs propres tissus) leur masse musculaire. Cela entraîne une atrophie musculaire sévère et une perte de poids.
Cette dégradation de la masse musculaire provoque une augmentation de la créatinine (et de l’urée sanguine) qui doit alors être éliminée par les reins. L’élévation de ces taux dans le sang, associée à l’atrophie musculaire, conduit souvent à la conclusion erronée que l’insuffisance rénale du patient s’aggrave alors qu’il s’agit d’une dénutrition. »
En résumé, pour cette spécialiste, une restriction protéique avant que la maladie rénale chronique n’atteigne un stade avancé n’a aucun sens. Au contraire, cela pourrait aggraver la perte de poids et provoquer une atrophie musculaire délétère pour l’animal.
Contrairement à une idée reçue encore très répandue, les études montrent que les animaux vieillissants, y compris ceux souffrant d’une maladie rénale, ont besoin de plus de protéines, et non de moins. L’enjeu crucial réside dans la qualité de ces protéines : il est impératif d’éviter les protéines végétales ou les protéines animales dénaturées et transformées.
C’est précisément là que le bât blesse avec les croquettes « spéciales rénal » : elles contiennent souvent des protéines d’origine végétale ou issues de sous-produits de médiocre qualité (plumes, poils, sang, becs, sabots, ou autres matières transformées). En résumé, le véritable problème n’est pas la quantité de protéines, mais leur valeur biologique.
Alimentation humide : le meilleur régime pour un carnivore strict
Mais que signifie le CARNIVORE STRICT ?
Pour respecter sa physiologie de carnivore strict, il est essentiel de se rappeler que le chat :
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Nécessite des niveaux élevés de protéines animales : son métabolisme est conçu pour transformer les tissus d’autres animaux en énergie.
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Ne possède pas les enzymes nécessaires pour métaboliser efficacement les hydrates de carbone (glucides). Une alimentation trop riche en sucres fatigue inutilement son pancréas et son foie.
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Est biologiquement conçu pour puiser son eau dans sa nourriture : une proie naturelle contient 70 à 80 % d’humidité, tout comme une pâtée de qualité (78 %). À l’inverse, les aliments secs comme les croquettes n’en contiennent que 5,5 % à 10 %, ce qui place le chat dans un état de déshydratation chronique.
La meilleure solution demeure, encore et toujours, un régime alimentaire adapté à l’espèce. Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Pour le chat, ce carnivore strict, il s’agit de reproduire le plus fidèlement possible la composition de ses proies naturelles. Bien que nous ne puissions jamais égaler la perfection de la nature, nous nous devons de faire au mieux.
Il faut d’abord savoir qu’une proie (comme une souris ou un oiseau) se compose de 70 à 80 % d’humidité ! Elle apporte au chat de la chair musculaire, des abats, des os (environ 7 à 10 %) et des graisses. En résumé, une proie fournit :
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Des protéines animales : 50 à 70 %
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Des lipides : 15 à 30 %
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Des glucides : seulement 1,7 à 2 % !
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Des vitamines et minéraux essentiels.
Le tout est consommé cru. Je suis persuadée que si nous respections ce régime physiologique naturel, le nombre de chats souffrant d’insuffisance rénale serait bien moins élevé aujourd’hui.
En conclusion, le meilleur régime alimentaire en cas d’insuffisance rénale est la nourriture HUMIDE. La nourriture industrielle sèche, c’est-à-dire la CROQUETTE, est à PROSCRIRE !

Une hydratation adéquate est indispensable pour qu’un carnivore strict puisse jouir d’une santé optimale. L’alimentation sèche provoque une déshydratation chronique chez le chat ; or, en cas d’insuffisance rénale, maintenir l’organisme parfaitement hydraté est absolument primordial.
De plus, la majorité des croquettes présentes sur le marché sont de piètre qualité. On y trouve, entre autres, des conservateurs, des additifs de synthèse, des colorants et des mycotoxines. Toutes ces substances toxiques doivent être filtrées par les reins. Cet organe, déjà déficient, ne peut assumer ce travail d’épuration sans se dégrader davantage.
Il vous appartient désormais d’en tirer les conclusions nécessaires. Examinez la liste des ingrédients de la nourriture sèche industrielle « spéciale rénale » de votre chat et analysez-la au regard de ses besoins physiologiques de carnivore strict. Vous serez sans doute surpris, voire choqués, de découvrir que la plupart de ces croquettes sont plus adaptées à l’alimentation d’oiseaux granivores qu’à celle des félins.
Faut il avoir peur de protéines en cas d’insuffisance rénale chronique?
Il est courant pour les vétérinaires de prescrire un régime appauvri en protéines en se basant sur des études réalisées sur des rats ayant reçu un régime hyper-protéiné. Cependant, ces études sont-elles réellement valides pour nos félins, alors que le rat est un rongeur granivore à tendance omnivore, et non un carnivore strict ? À ce jour, aucune étude scientifique ne démontre qu’un régime pauvre en protéines ralentit la dégradation des reins chez le chat.
Le vétérinaire homéopathe, le Dr Don Hamilton, partage une analyse qui remet en question les pratiques conventionnelles :
« On pense communément que dès l’apparition d’une maladie rénale, le taux de protéines doit être réduit. Pourtant, ce n’est pas correct pour la plupart des animaux. La restriction protéique a en réalité peu d’impact sur la progression de la maladie rénale.
En fait, réduire le taux de protéines peut même diminuer l’efficacité du travail rénal. La raison en est simple : le volume de sang filtré par les reins (le taux de filtration glomérulaire) est directement lié à la présence de protéines dans le régime alimentaire. Réduire ces protéines ralentit le filtrage, ce qui diminue l’excrétion des toxines.
Chez le rat, un apport supplémentaire en protéines induit une filtration glomérulaire excessive, et la limitation des protéines alimentaires prévient alors la progression de l’insuffisance rénale. Bien que ce phénomène n’ait jamais été observé chez le chien ou le chat, ces données sur les rongeurs sont pourtant utilisées pour justifier la restriction protéique chez nos animaux de compagnie. Je considère cela comme une erreur : les chiens et les chats sont des carnivores (opportunistes pour le premier, stricts pour le second), tandis que les rats sont principalement herbivores. Cette différence fondamentale souligne les besoins métaboliques distincts entre ces espèces. »
L’étude intitulée « Long-term renal responses to high dietary protein in dogs with 75% nephrectomy » (Réponses rénales à long terme à un régime riche en protéines chez des chiens ayant subi une néphrectomie de 75 %) apporte un éclairage essentiel.
Dans ce protocole, les chercheurs ont étudié l’évolution de la fonction rénale chez des chiens auxquels il ne restait que 25 % de capacité rénale, en comparant l’impact d’un régime faible en protéines par rapport à un régime riche en protéines.
La conclusion est sans appel : il est impossible de corréler un taux de protéines élevé à l’apparition ou à l’aggravation de lésions rénales.
Source : NCBI – PubMed 3702209
Le chat est un carnivore strict (ou obligé), ce qui signifie que son métabolisme dépend exclusivement des nutriments issus de tissus animaux. Remplacer ces protéines par des sources végétales, comme c’est le cas dans la majorité de la nourriture industrielle (croquettes et certaines pâtées), est une erreur physiologique majeure.
Ce qui compte avant tout, c’est la valeur biologique des protéines. Qu’en est-il alors des régimes « spéciaux rénal » ? Il suffit d’en analyser les ingrédients : ces produits contiennent très peu de protéines animales, et celles présentes sont souvent de piètre qualité. Le reste est composé de protéines végétales, riches en hydrates de carbone (glucides).
Pour un carnivore, les protéines végétales sont inadaptées et peuvent provoquer des crises d’urée. En effet, l’organisme du chat ne parvient pas à assimiler ces protéines sans valeur biologique ; il doit donc les traiter comme des déchets que les reins sont chargés d’éliminer. Ce processus demande un travail considérable à un organe déjà affaibli. En conséquence, les reins s’épuisent davantage et l’accumulation de ces déchets finit par intoxiquer l’organisme.
L’ouvrage de référence Kirk’s Current Veterinary Therapy XII rapporte l’un des essais cliniques les plus probants sur le sujet :
« Lors de l’un des essais cliniques les plus reconnus concernant les effets des régimes protéinés sur la progression de l’insuffisance rénale chronique (IRC), plusieurs groupes de chiens diagnostiqués avec une IRC ont été nourris soit avec un régime riche en protéines, soit avec un régime pauvre en protéines.
Aucune différence significative n’a été observée quant à la progression de la maladie. Par conséquent, un apport élevé en protéines ne semble pas compromettre la fonction rénale, même en présence de taux de protéines endogènes élevés associés à la pathologie.
En réalité, au cas par cas, certains chiens soumis au régime riche en protéines ont montré de meilleurs résultats. Cette observation s’explique par le fait que les protéines sont indispensables au fonctionnement et à la régénération cellulaire. »
Source : Kirk’s Current Veterinary Therapy XII / Labbies Nutrition
Le département des services vétérinaires des Drs Foster & Smith explique l’origine de cette confusion :
« Le mythe selon lequel un régime riche en protéines serait dommageable pour les reins provient probablement du fait que, par le passé, les patients souffrant de maladies rénales étaient systématiquement placés sous un régime pauvre en protéines.
De nos jours, on privilégie plutôt un régime qui n’est pas nécessairement restreint en protéines, mais qui contient des protéines plus digestibles, afin de limiter la production de résidus azotés (sous-produits du métabolisme de l’azote). »
Source : Veterinary Services Dept, Drs. Foster & Smith
Il est essentiel de prendre en compte la qualité — et donc la biodisponibilité — des protéines, ainsi que la teneur en matières grasses et le taux d’hydrates de carbone (glucides). Concernant les minéraux, une attention toute particulière doit être portée au phosphore.
La question du phosphore en cas d’insuffisance rénale chronique
Les reins ont, entre autres, pour mission de réguler les niveaux de phosphore dans l’organisme. En cas d’insuffisance rénale, l’élimination du surplus de ce minéral est compromise. C’est pourquoi, lors des analyses sanguines, il est primordial de surveiller de près la phosphatémie.
En cas d’excès, il convient de limiter les rations d’abats (souvent riches en sodium et en acide urique) et de rester vigilant avec les poissons, qui concentrent beaucoup de phosphore et de sodium. Toutefois, il ne faut pas les supprimer totalement, car ils apportent des nutriments essentiels au bon fonctionnement de l’organisme. L’apport doit être réajusté avec précision en fonction des résultats biologiques de l’animal.
Sachez également que votre vétérinaire peut prescrire, si nécessaire, des chélateurs de phosphore (comme le carbonate de calcium). Ces substances permettent de réduire l’absorption intestinale des phosphates en les capturant directement dans le tube digestif, favorisant ainsi leur élimination par les selles plutôt que par les reins.
N’oubliez pas que les abats, tels que le foie ou le cœur, contiennent des éléments indispensables aux carnivores. Ils sont particulièrement riches en taurine (un acide aminé essentiel), ainsi qu’en vitamines A, D, C et B.
Concernant les autres minéraux, sachez que leur biodisponibilité — et donc leur assimilation optimale — dépend de plusieurs facteurs :
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Leur forme (organique ou inorganique) ;
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La quantité et la qualité des protéines présentes dans le bol alimentaire.
En effet, pour être véhiculés efficacement dans l’organisme, les minéraux ont besoin de protéines animales. Si ces dernières sont présentes en quantité suffisante et sont d’excellente qualité, l’assimilation des minéraux se fera de manière bien plus fluide et naturelle.
Dans les croquettes industrielles, les minéraux (souvent indiqués sous le terme « cendres ») sont fréquemment de source inorganique. Parallèlement, ces aliments manquent de protéines animales de qualité, utilisant plutôt des farines de viande, des farines d’os, des sous-produits ou des protéines végétales.
Cette combinaison est critique : l’absence de protéines nobles empêche la bonne assimilation des minéraux, d’autant plus que leur forme inorganique est naturellement plus difficile à traiter pour l’organisme. Au lieu d’être utilisés pour les besoins vitaux, ces minéraux deviennent des déchets que le corps doit impérativement évacuer par les reins, ce qui les fragilise considérablement.
Cela explique pourquoi il faut être si vigilant quant au taux de minéraux dans les croquettes de qualité médiocre. En résumé : sans protéines animales de haute valeur biologique pour servir de transporteurs, les minéraux (surtout s’ils sont inorganiques) ne peuvent pas être assimilés et finissent par épuiser la fonction rénale.
L’étude intitulée « Effects of dietary phosphorus and protein in dogs with chronic renal failure » (Effets du phosphore et des protéines alimentaires chez les chiens souffrant d’insuffisance rénale chronique) apporte une conclusion fondamentale pour la prise en charge de l’IRC :
Chez les chiens souffrant d’insuffisance rénale, la mortalité s’accélère avec l’augmentation du taux de phosphore dans la ration, et non avec le taux de protéines.
Il est donc logique d’en déduire que ce sont les aliments excessivement riches en phosphore qui doivent être limités, tout en maintenant un régime carné physiologiquement adapté. L’ajout de chélateurs de phosphore à la ration permet également de réduire l’absorption de ce minéral, protégeant ainsi les reins sans affamer l’organisme en protéines.
Source : NCBI – PubMed 1476305
Enzymes digestives
Il est indispensable d’aborder le rôle des enzymes digestives dans le cadre de l’insuffisance rénale chronique. Ces molécules sont responsables de la décomposition des protéines, des glucides et des graisses ingérés. Le chat, en tant que carnivore, digère principalement par voie enzymatique et son organisme s’attend à ce que ces enzymes soient apportées par une nourriture physiologique vivante (le cru).
Malheureusement, la nourriture industrielle ultra-transformée est totalement dépourvue de ces éléments vitaux en raison des hautes températures de cuisson utilisées lors de sa fabrication.
Ce manque d’apport enzymatique externe entraîne plusieurs conséquences graves :
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Une digestion incomplète : Les nutriments sont mal assimilés par l’organisme.
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Le surmenage du pancréas : Pour compenser cette carence, le pancréas doit travailler de manière excessive afin de produire seul toutes les enzymes nécessaires. Avec le temps, cet organe s’épuise, ce qui peut mener à une pancréatite.
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Un impact systémique : Par effet domino, les autres organes de filtration, comme le foie et les reins, subissent les contrecoups de cette digestion laborieuse et de l’accumulation de déchets métaboliques mal dégradés.
Toujours mieux vaut prévenir que guérir
« Prévenir plutôt que guérir » est un principe fondamental. Si vous pressentez que l’hygiène de vie de votre animal présente des lacunes pouvant impacter sa santé, ne repoussez pas les changements nécessaires en vous disant que « tout va bien pour l’instant ».
Lorsqu’un organe commence à dysfonctionner, votre compagnon peut déjà être en souffrance ou, du moins, dans un état de mal-être. Les symptômes sont des signaux d’alarme : ils indiquent que l’organisme tente de lutter pour réparer les dommages et retrouver son homéostasie (son équilibre interne).
La prévention est le meilleur moyen d’offrir à votre animal toutes les chances de fonctionner correctement sur le long terme. Prévenir, c’est lui apporter chaque jour les piliers essentiels d’une santé optimale :
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Une nourriture physiologique strictement adaptée à son espèce ;
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Un environnement stimulant et sécurisant ;
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De l’amour et une attention bienveillante.
Les êtres vivants ne se nourrissent pas uniquement de nourriture au sens propre du terme. D’autres éléments sont tout aussi indispensables au bon fonctionnement de l’organisme. L’animal, en tant qu’être sensible, a besoin d’une alimentation physiologique, mais aussi d’un environnement adapté à son espèce et d’une attention sincère de la part de son humain.
Un environnement qui lui permet de se reposer sereinement, de jouer pour entretenir ses capacités physiques, de profiter des éléments de la nature comme le soleil ou l’herbe fraîche, et de se sentir aimé, est essentiel. Ces besoins sont tout aussi nourrissants pour sa santé globale que le contenu de sa gamelle. Ils forment un tout indissociable pour maintenir son corps et son esprit en parfaite harmonie.
En conclusion
Le chat est un carnivore strict et obligé ; son organisme réclame impérativement des protéines animales de haute valeur biologique. En cas d’insuffisance rénale chronique, il devient vital de lui fournir des protéines d’une qualité irréprochable et hautement digestibles, afin de garantir une biodisponibilité maximale.
Son alimentation doit être impérativement HUMIDE. Cela peut passer par une ration ménagère préparée à base de produits frais, ou par une nourriture industrielle (pâtées) composée d’ingrédients de premier choix.
À l’inverse, les aliments industriels contenant des sous-produits animaux et des protéines végétales (céréales, légumineuses) sont absolument à proscrire.
Posez-vous la question : imagineriez-vous nourrir un cheval ou une vache (qu’ils soient malades ou non) avec une alimentation à base de viande ? Évidemment que non ! Alors, pourquoi nourrir un chat, carnivore pur, avec des céréales ? Pourquoi accepter un régime aussi inapproprié ?
La réponse est malheureusement évidente : les céréales et les pommes de terre ne coûtent rien, et la croquette sèche offre une praticité qui l’emporte trop souvent sur la physiologie de l’animal.

Lorsque votre chat présente les symptômes d’une crise d’urémie sévère, il est vital de pratiquer une fluidothérapie en milieu vétérinaire. La mise sous perfusion intraveineuse est indispensable pour soutenir les reins, aider l’organisme à éliminer les toxines accumulées et stopper ainsi la crise.
En cas de crise modérée ou pour stabiliser un animal déshydraté, il est également possible de l’hydrater par injections sous-cutanées. Ces perfusions peuvent être réalisées avec du liquide spécifique (soluté de Ringer-Lactate ou chlorure de sodium) à se procurer auprès de votre vétérinaire, après que celui-ci vous a enseigné les bons gestes.
Je vous recommande de faire pratiquer régulièrement des analyses sanguines (environ tous les six mois) afin de suivre précisément l’évolution de la fonction rénale. Ces examens sont essentiels pour surveiller les taux de créatinine et d’urée, mais aussi le phosphore et d’autres minéraux clés.
Grâce à ces données, vous pourrez adapter progressivement son régime alimentaire et intégrer d’éventuels suppléments naturels. Mais surtout, n’oubliez jamais : votre chat est un carnivore strict et non un pigeon biset.
Un régime carné physiologiquement adapté reste le pilier indispensable de son métabolisme.

Suppléments naturels :
Il existe des solutions naturelles pour améliorer le bien-être de votre animal et soutenir son métabolisme en cas d’insuffisance rénale chronique :
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Les acides gras Oméga-3 : Essentiels pour leur action anti-inflammatoire naturelle sur les tissus rénaux.
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La piloselle : Une plante reconnue pour ses propriétés diurétiques douces, qui aide à l’élimination de l’urée sans fatiguer les reins.
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Les vitamines du groupe B : Ces vitamines sont hydrosolubles. Comme le chat insuffisant rénal souffre de mictions importantes (polyurie), il les évacue massivement dans ses urines. Une supplémentation est donc souvent nécessaire pour compenser cette perte.
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Vigilance sur les nutriments essentiels : Si vous restreignez les abats pour limiter le phosphore, veillez à combler les besoins en vitamines A, D, C et B, ainsi qu’en taurine (acide aminé vital pour le cœur et la vue du chat).
Information supplémentaires :
Si, après vos recherches, vous choisissez un régime de type BARF ou Raw Feeding (cru), mais que pour diverses raisons votre animal ne peut pas consommer d’os charnus — ou que vous hésitez à lui en donner — n’oubliez pas que l’apport en calcium est indispensable pour éviter des carences graves.
Il est possible de substituer les os en ajoutant à sa ration environ 2000 mg de calcium par kilo de nourriture. Vous pouvez utiliser un supplément de carbonate de calcium ou de la poudre de coquilles d’œufs (broyées finement à l’aide d’un moulin à café).
À savoir : Une cuillère à café de coquilles d’œufs moulues fournit environ 2000 mg de calcium.
Dans le cadre de l’insuffisance rénale, les coquilles d’œufs sont une excellente alternative aux os pour deux raisons majeures :
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Elles contiennent principalement du calcium et très peu de phosphore (composées à 97 % de carbonate de calcium).
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Elles agissent comme de bons chélateurs de phosphore, limitant son absorption intestinale.
Source : CatCentric – Whole Bone Alternatives
Cependant, la méthode la plus naturelle consiste à broyer finement la viande avec les os à l’aide d’un hachoir puissant. Il suffit ensuite de réajuster le pourcentage d’os charnus en fonction des analyses sanguines de votre chat. Pour rappel, l’équilibre minéral repose sur le rapport Calcium (apporté par l’os) / Phosphore (apporté par la viande).
Je vous conseille de privilégier l’achat de pièces de viande entières plutôt que de la viande déjà hachée. En effet, cela minimise les risques bactériens, car les bactéries se développent prioritairement en surface et non au cœur des tissus. Bien que l’organisme des carnivores stricts soit naturellement armé pour neutraliser les bactéries (grâce à un pH stomacal très acide), la prudence reste de mise. Achetez toujours de la viande d’une grande fraîcheur et rincez-la soigneusement sous un jet d’eau froide.
Si vous redoutez malgré tout les bactéries, ou si votre chat est immunodéprimé, vous pouvez passer les morceaux de viande au four afin de cuire environ 20 % de la surface. La cuisson au four préserve mieux les nutriments que la cuisson à l’eau (bouillie). Dans ce cas, n’hésitez pas à rajouter un peu d’eau à votre préparation maison pour compenser l’évaporation liée à la cuisson et maintenir une hydratation optimale.
Beaucoup de propriétaires pensent encore que la nourriture industrielle sèche est plus sûre d’un point de vue sanitaire. Pourtant, de nombreux exemples démontrent le contraire. Les croquettes sont fréquemment sujettes à des rappels massifs en raison de contaminations diverses : produits chimiques, bactéries pathogènes (comme la Salmonelle), toxines bactériennes, mycotoxines mortelles (issues de moisissures sur les céréales) ou encore acariens de stockage.
Partout dans le monde, des cas d’intoxications graves, voire mortelles, sont recensés à la suite de la consommation de lots industriels défectueux. Il est donc paradoxal de juger la nourriture sèche plus sécurisante que des produits frais dont on maîtrise la provenance et la préparation.
Il est fréquent d’utiliser la levure de bière comme complément alimentaire pour les chiens et les chats. Toutefois, sachez que celle-ci est une source importante de phosphore. En cas d’insuffisance rénale chronique, il est donc crucial de ne pas en abuser et de limiter strictement son usage afin de ne pas surcharger la fonction rénale de votre animal.
Le jaune d’œuf cru est extrêmement riche en nutriments ; c’est un aliment exceptionnel pour les chats, bien plus complet qu’un complexe multivitaminé industriel. Il apporte des vitamines A, B, D et E, ainsi qu’une large gamme d’acides aminés (bien qu’il ne contienne pas de taurine). Il constitue également une excellente source d’acides gras essentiels et d’oligo-éléments.
Cependant, le jaune d’œuf étant une source concentrée de phosphore, il convient d’être très vigilant en cas d’insuffisance rénale chronique. Il est primordial de ne pas en abuser et de limiter son apport afin de ne pas déséquilibrer la phosphatémie de votre animal.
Bien que le blanc d’œuf (cuit) soit moins dense sur le plan nutritionnel que le jaune, il constitue une source de protéines de haute valeur biologique. Son intérêt majeur dans le cadre de l’insuffisance rénale réside dans sa très faible teneur en phosphore. Pour un carnivore atteint d’IRC avancée, il peut être judicieux de remplacer une petite partie de la viande par du blanc d’œuf cuit afin de réduire le taux global de phosphore de la ration sans sacrifier l’apport protéique. Note : Contrairement au jaune, le blanc doit impérativement être donné cuit.
En cas d’augmentation du taux d’urée, vous pouvez ajouter à la ration des feuilles d’ortie séchées (réduites en poudre). L’ortie est particulièrement précieuse car elle est très riche en calcium (60 mg à 3,24 g / 100 g) pour une teneur en phosphore bien moindre (10 à 673 mg / 100 g).
Cette concentration élevée en calcium aide à diminuer l’absorption du phosphore dans l’organisme. De plus, l’ortie possède des vertus alcalinisantes, ce qui aide à réguler le pH du corps, souvent trop acide chez le chat souffrant d’insuffisance rénale.
Sur ces photos, vous pouvez observer une nourriture humide de haute qualité : sans céréales, sans sous-produits, très pauvre en glucides et riche en protéines animales de premier choix.
La première image montre cette nourriture après avoir été mixée et mélangée à de l’eau. Ce procédé permet d’augmenter significativement le taux d’humidité de la ration. Une fois mixée, la préparation prend la forme d’une pâtée homogène et onctueuse, semblable à une mousseline, facilitant ainsi l’ingestion et l’hydratation.
Le stress exerce une influence considérable sur le fonctionnement global de l’organisme. Un environnement calme, adapté et sécurisant est d’une importance capitale pour le chat, d’autant plus lorsqu’il est affaibli. Le stress provoque une mobilisation massive des ressources de l’animal et puise énormément dans ses réserves d’énergie.
Pour l’aider, les Fleurs de Bach peuvent être d’un grand secours. Toutefois, veillez à ce que l’administration elle-même ne devienne pas une source de tension supplémentaire. Si votre chat n’apprécie pas d’être manipulé, évitez de le forcer. Vous pouvez simplement déposer les gouttes sur ses pattes pour qu’il les lèche de lui-même, ou les appliquer directement sur la peau (le bord des oreilles est un excellent point d’absorption).
Enfin, pour les contrôles réguliers, envisagez de faire appel à un vétérinaire à domicile. Les déplacements en cage et en voiture sont souvent une source de stress intense qui peut fausser certains résultats d’analyses et fatiguer inutilement votre compagnon.
Précisions
Dans cet article, le terme « protéine animale de qualité » désigne une protéine fraîche et non transformée, issue d’animaux élevés en plein air et au pâturage. La valeur nutritive de la viande dépend directement de l’environnement et de l’alimentation de l’animal.
Les animaux élevés dans le respect de leurs besoins physiologiques, bénéficiant d’une nourriture saine et adaptée, développent une immunité naturelle. Ils ne nécessitent donc pas l’administration systématique d’antibiotiques, d’anti-inflammatoires ou d’hormones de croissance. Une vache qui n’a jamais vu le soleil ni brouté d’herbe fraîche ne peut fournir une viande de haute valeur nutritionnelle. Ce principe s’applique de la même manière aux volailles et à leurs œufs.
Au-delà de l’aspect biologique, la question éthique est fondamentale à mes yeux, et j’espère qu’elle l’est tout autant pour vous. Choisir des protéines de qualité, c’est privilégier des animaux ayant bénéficié de la plus grande liberté possible, traités avec respect et nourris correctement.
Quelques règles d’or pour vos achats :
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Les os : Ils doivent impérativement être donnés crus et charnus (bien enveloppés de chair).
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La nourriture industrielle : Si vous optez pour des pâtées, soyez extrêmement vigilants sur la liste des ingrédients et sélectionnez la plus haute qualité disponible.
Pour des conseils de suivi IRC ou pour la prévention je vous propose des consultations personnalisées, voici le lien explicatif : https://catpapattes.com/consultations-en-naturopathie/
Liens :
catcentric.org
feline-nutrition.org
https://healthypets.mercola.com/
tcfeline.com
https://drive.google.com/file/d/0B_et-ZQAI0BjLUU1ZWFLZldrUlk/view












merci ma chérie pour ce bel article ! quel travail !!! merci pour les minous !!!
merci ma douce!
Coucou,
mon Charly (ancien SDF) est en insuffisance rénale depuis plus de 5 ans, il est nourri au barf et prend des plantes EPS « orthosiphon, aubèpine, olivier » ainsi que de l’aubier de tilleul.
Quand il est barbouillé, je lui donne du charbon végétal activé.
Au dernier bilan, sa créatine était dans la norme et, son urée juste un peu au dessus.
Je n’ai pas écouté mon véto qui voulait le mettre sous « rénal » et médicaments sous prétexte qu’il ne vivrait pas 3 mois.
Les chats sont de plus en plus malades de maladies rénales, insuffisance et calculs à cause de l’alimentation industrielle que nous leur donnons.
MERCI pour votre page, pour toutes vos précieuses informations et conseils.